Les algues de l'estran rocheux
En plus de la macro-faune que présentait M. Julien Thébault, la sortie sur l'estran rocheux d'Argenton fut l'occasion de découvrir ou de redécouvrir le peuplement algal. La marée permit à M. Erwan Ar Gall de nous présenter les espèces
présentes jusqu'aux laminaires, habitantes de l'infra-littoral (zone de l'estran qui n'est
exondée que lors des marées basses de vive-eau).
Avant d'arriver aux premières algues, nous passons par la zone adlittorale. Elle n'est jamais recouverte par la mer, mais subit les embruns. La végétation est encore terrestre, on ne rencontre des alguesqu'en association avec des champignons : ce sont les lichens. Ceux que l'on trouve le plus haut ne sont pas exclusivement marins, il y a Xanthoria parietina (en jaune) et Ramalina siliquosa (petites touffes vertes) par exemple.

En descendant un tout petit peu, on arrive dans la zone supra-littorale. Celle-là a droit aux vagues et est même recouverte lors des hautes marées de vive-eau. On y
trouve à nouveau des lichens, ceux-là réellement marins : Verrucaria maura (de couleur noire, bien recouvrant et ressemblant à du mazout) ou encore Caloplaca marina (sorte de poudre orangée, bien incrustée).
Après les lichens, arrivent les algues. Sur cet estran, les algues brunes sont dominantes. Elles forment des ceintures successives caractéristiques entre le milieu et le bas de l'estran.
Dans la zone médio-littorale, qui est soumise à l'alternance de périodes d'émersion/immersion, on trouve en premier la ceinture à Pelvetia canaliculata. En période de morte-eau, cette petite algue très résistante peut rester plusieurs jours hors de l'eau, elle n'en mourra pas. Sa physiologie étant adaptée à ces longues périodes hors de l'eau, c'est au contraire une immersion prolongée qui lui serait fatale !
Juste sous cette étroite ceinture de Pelvetia, on trouve la ceinture à Fucus spiralis. Ces deux algues protègent entre autres des algues rouges sciaphiles (qui ont besoin d'ombre) comme Lithothamnium lenormandii, algue encroûtante de couleur grisviolet, ou Hildenbrandia rubra, algue encroûtante de couleur rouge vif.
Plus bas sur l'estran, dans une zone située de part et d'autre du niveau de la mi-marée, on observe les ceintures à Ascophyllum nodosum et Fucus vesiculosus.
Les flotteurs d'Ascophyllum permettraient apparemment de donner un âge à chacun
des axes composant l'algue.
Ces algues sont en émersion 50 à 70% du cycle total de la marée, elles sont donc encore assez résistantes à la dessication. On les trouve généralement en mélange, même si A. nodosum affectionne plus particulièrement les milieux abrités et laisse alors volontiers les milieux battus à F. vesiculosus.
La dernière ceinture de l'étage médiolittoral est celle à Fucus serratus, algue
très facile à identifier, avec ses bords dentelés. Sur la photo ci-dessous, on observe un processus de recrutement chez F. serratus :
On trouve entre ces algues dominantes de nombreuses autres espèces. Des algues brunes : Sargassum muticum par exemple, qui a été introduite en même temps que l'huître creuse Crassostrea gigas et qui nous vient du Japon. Des algues vertes : Enteromorpha compressa ou Ulva sp. . Des algues rouges : Palmaria palmata, Polysiphonia lanosa, épiphyte d'A. nodosum, Chondrus crispus dont le gamétophyte est reconnaissable aux reflets bleus qu'il présente sous l'eau, Mastocarpus stellatus (ces deux dernières étant récoltées pour les carraghénanes)...
Nous continuons alors, et arrivons à la zone infra-littorale supérieure. Ici, les
algues principales sont Bifurcaria bifurcata et Himanthalia elongata.
Himanthalia est une algue comestible, que l'on peut manger crue lorsqu'elle est jeune (au début elle n'a pas trop de goût, après c'est salé, rien d'extraordinaire je trouve mais c'est bon quand même). On voit sur la photo de très jeunes Himanthalia, les espèces de perles à gauche. Puis la partie végétative de l'algue : les disques au centre, qui portent les filaments. Et enfin la partie fertile, qui peut former de longs filaments épais, coriaces et non mangeables avant cuisson.
Pour finir, la zone infra-littorale inférieure, le domaine des laminaires.
Ici, de grandes algues qui restent immergées la plupart du temps, n'étant découvertes que lors des basses mers de vive-eau. Laminaria saccharina, Laminaria digitata, dont la fronde est plus longue que le stipe, pour la différencier facilement de Laminaria hyperborea qui a donc un long stipe et une fronde plus courte, Laminaria ochroleuca qui ressemble à L. hyperborea mais est de couleur jaune. Ces grandes algues peuvent former en Bretagne des forêts sous-marines et la plupart sont récoltées pour les alginates.
Pour d'autres infos vous pouvez aussi consulter le compte-rendu de l'année dernière ici.