Conférence : La mouette et le faucon

Publié le par Julien M.

Réalisée et présentée par Jean-Yves Monnat

 

Nous avons tout d’abord eu droit à un petit récapitulatif de l’étude des populations d’oiseaux marins en France.

Les études biologiques des populations ont commencées en France dans les années 70 avec notamment en 74, le premier baguage coloré individuel sur un goéland argenté.

En 1978, le programme d’étude des mouettes tridactyles d’Iroise est lancé. Mais pourquoi faire une étude en Bretagne ? Pour une raison simple ; les colonies bretonnes sont on ne peut plus favorables au travail et au suivi scientifique. En effet, ce sont de petits effectifs, la topographie est idéale (on peut observer le pan d’une falaise à partir de celle d’à côté), et puis on peut observer plusieurs aspects sur une même population.

A la fin des années 70, les scientifiques ont recensé 1 200 couples au Cap Sizun répartis en 3 colonies sur toute la réserve ornithologique.

Il a été observé que les effectifs dans les différentes colonies évoluent de manière très contrastés :

 

 

Visiblement les vitesses de croissance et de décroissance sont incompatibles. La question est de savoir s’il y a des mécanismes d’échange entre les colonies ce qui semble évident. Mais à l’époque, les échanges d’adultes entre colonies étaient niés par les scientifiques !

 

Par conséquent, on a voulu savoir la réalité des échanges, leurs mécanismes et leurs causes. Un suivi, réalisé entre 1979 et 2007, s’est porté sur les nids avec un marquage coloré individuel des jeunes ; mais il a également été fait au niveau des sites de reproduction en étant basé sur une cartographie des falaises.

Après les marquages, des visites régulières sont effectuées dans les colonies pour le contrôle des combinaisons, de la date de marquage, du lieu, du comportement de l’individu. Sur 1 an, 15 000 contrôles sont réalisés pour 1 500 individus marqués.

 

Chaque colonie est désignée par une ‘’adresse’’ :

  • Colonie = ville.
  • Pan de falaise = rue.
  • Emplacement de la falaise = numéro.
  • Emplacement du nid sur la falaise = logement.

 

A chaque visite, l’observateur note le stade de construction du nid et le contenu du nid.

 

Chaque individu a un statut individuel annuel spécifique en fonction du moment :

  • Prospecteur.
  • Reproducteur (expérimenté ou non).
  • Adulte sabbatique.
  • Parent.

 

Grace à cela, on peut déterminer la performance individuelle : échec (causes ?), succès (nombre de poussins ?).

On détermine également la performance de reproduction aux différentes échelles : du site précis à la colonie dans son ensemble.

 

En tous cas, une chose est sûre : ça bouge !

 

Un marquage individuel est nécessaire pour repérer et analyser les échanges d’adultes sur toutes les échelles spatiales (site, falaise, …). Ordinairement les flux entre colonies sont faibles mais il existe des épisodes de migration massive.

 

On a également constaté que l’échec de reproduction augmente avec le changement de site de nichée. Les oiseaux en échecs sont de plus attirés par les zones à fortes reproductivité.

 

En général, il est constaté 50 à 60% de réussite dans la reproduction des colonies. Ceci explique une part de l’évolution des colonies du Cap Sizun.

 

 

Mais quelles sont les causes de l’échec de reproduction ?

 

Elles sont très nombreuses, surtout individuelles ou circonstancielles.

Il y a tout de même 3 causes principales d’échec massif :

Le climat (peu susceptible d’affecter différemment les falaises et les colonies).

Le parasitisme (tiques et puces : corrélation entre le taux de tiques et le taux d’échec). Cette cause a de divers effets délétères :

  • Traumatique.
  • Toxique.
  • Infectieuse.
  • Spoliatrice.

La prédation :

  • Les amateurs d’œufs : les 2 corvidés que sont grand corbeau (Corvus corax) et corneille noire (Corvus corone).
  • Les kidnappeurs de poussins : le goéland argenté – Larus argentatus  (essentiellement des individus bien spécifiques : ‘’artisanat’’).
  • Le chasseur : le faucon pèlerin (Falco peregrinus).

 

 

Le faucon pèlerin :

 

La première reproduction a été observée en 1997 en Bretagne après près d’une quarantaine d’année d’absence. 11 couples nicheurs se sont installés en 2006 dont 6 en baie de Douarnenez. La première reproduction du Cap Sizun a eu lieu en 2005.

 

La question de la prédation de ce rapace est toujours posée. En 2004, plusieurs couvées de gros poussins ont été victime de prédation. Or le pèlerin est un prédateur au vol. Le responsable est donc inconnu pour le moment.

En 2005, plus de doute le responsable est bel et bien le pèlerin. Il capture ses proies : en vol (adultes et poussins), au nid (poussins). Cette année là, il y a eu 90% d’échec de reproduction.

 

 

Conclusion :

 

La prédation est considérée suivant une image déformée : il y a un prélèvement d’œufs, de poussins et d’adultes mais avec un impact démographique probablement faible.

Le mécanisme de régulation de la population de mouette tridactyle est principalement de nature comportementale et sociale. Il y a des impacts locaux parfois très forts mais les effectifs globaux ne varient pas.

 

Le succès de reproduction joue un rôle central :

Décisions annuelles :

  • Succès individuel : fidélité au site et au partenaire.
  • Echec : changement de site voir de colonie si échec massif.

Où aller après l’échec ?

  • Vers zones reproductives.
  • En squattant les bons sites.

 

Pendant très longtemps les mouettes du Cap Sizun s’en sont convenablement sorties :

  • Années 80 – 81 : effectif maximal.
  • Années 81 à 90 : fort déclin.
  • Années 90 : stabilisation à +/- 900 couples.
  • 2001 à 2005 : forte augmentation e la population.

L’arrivée du faucon pèlerin a tout changé.

 

L’avenir de la population est incertain :

Facilitation de la prédation des autres : taux d’échec considérable.

Colonies de la réserve sans doute condamnées.

  • Tous les prédateurs possibles sont présents.
  • Les colonies sont de petites tailles (160 en tout).

La pointe du Raz pourrait résister :

  • Effectifs plus importants (880 couples).
  • Mais … Depuis 2008 retour du grand corbeau.

 

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